La Bataille pour Palembang, Février 1942

Publié le par Cpl Humphrey

Le 15 février 1942, jour ou Singapour tomba, une flotte d’invasion Japonaise faisait route vers les champs pétrolifères de Palembang dans le sud de Sumatra. Sumatra faisait à l’époque partie intégrante des Indes Néerlandaises. Le pétrole de la région était abondant et parmi le plus pur du monde, ce qui mena très vite les Japonais à s’y intéresser fortement. Les alliés en pleine retraite avaient déjà détruits les puits et les raffineries de Bornéo et des Célèbes. Cela énerva au plus haut point les Japonais et les firent lancer un avertissement : « Tous les Européens serait désormais décapités dans toutes régions ou les puits et raffineries seraient trouvées en feu ». Cet avertissement fus lancé la première fois lors de l’invasion de Bornéo, mais les civils Hollandais travaillant pour les compagnies pétrolières firent fis des menaces et n’en mirent pas moins le feu aux imposantes raffineries de Balikapapen. L’objectif initial des Japonais dans le sud de Sumatra était le principal aéroport de Pangkalanbenteng (appelé P1 par les Britanniques) à Palembang et les raffineries Royales Néerlandaises a Pladjoe à quelques kilomètres de Palembang. Ils avaient besoin de l’aéroport pour se renforcer et se ravitailler durant leur conquête du Nord de Sumatra et de Java.

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Du point de vu Néerlandais la clef de la défense de Palembang et de son aéroport était de tenir les envahisseurs sur la rivière Moesti qui devait être traversée avant que les objectifs ne puissent être atteints. Les Néerlandais savait qu’il n’y avait pas d’espoir de bloquer les Japonais sur les plages due à la supériorité de l’ennemi en matière de soutien naval. Pour défendre Palembang, sous le commandement du Lieutenant Colonel L.N. Vogelesang du KNIL, se trouvaient environ 2.000 hommes. Cela incluait un bataillon de réguliers du KNIL (armée coloniale Néerlandaise) à P1, un bataillon de Landstrom et 8 canons stationnaires de 7.5cm a Palembang, plus deux automitrailleuses (de type inconnu) à P1 et trois de plus sur l’autre aéroport a Praboemoelih (connu sous le nom de P2 par les Européens). Une compagnie régulière de mitrailleuses de la KNIL se trouvait stationné dans les raffineries de pétrole. Le Pro Patria (mouilleur de mine) de la Marine Royale Néerlandaise aux ordres du Lt Commander L.F. Guiot et deux patrouilleurs (P-38 et P-40) surveillaient eux la rivière Moesti.

soldats-Hollandais-10e-bataillon-KNIL.jpgSoldats du 10e bataillon de la KNIL (natifs enrolés par les Néerlandais)


Des éléments du 6e Régiment antiaérien de la RAF disposaient de 6 canons AA de 3.7 inch et de six canons bofors de 40mm sur les deux aéroports et quatre de plus des deux types sur les raffineries. Le navire apportant les munitions de ces canons ayant été coulé, les munitions disponibles étaient faibles. Ailleurs à Sumatra se trouvait 6 bataillons de la milice du KNIL plus quelques compagnies de Landstrom. Ces unités étaient réparties dans tout le centre et le nord de Sumatra, étant faiblement mobiles elles ne jouèrent aucun rôle dans la bataille de Palembang et du Sud de Sumatra.

 



bamboo-spears.jpgOn espérait que ces lances de bambous stopperaient les possibles raids de parachutistes Japonais
 



La Royal Air Force avait déployée son 225e Groupe (bombardiers) à Palembang au cours du mois de Janvier. La plupart des appareils arrivant du Moyen-Orient et d’Egypte. La plupart de ces escadrilles ayant perdus des appareils durant le transfert. Ces appareils étaient des Bleinheim 1, 1F et 1V et des Hudson II et III. Au Moyen-Orient ces appareils étaient considérés comme surclassés face aux nouveaux appareils Allemands, c’est pourquoi on les redéployas en Orient. Leur destination initiale était Singapour mais les événements récents avaient dus modifier leurs destination et ils finirent à Sumatra. Ces escadrilles servaient à chercher et à mener des raids contre la flotte Japonaise attendue, et de ce fait, perdirent de nombreux appareils. La plupart de ces escadrilles n’arrivaient à maintenir en permanence que peu d’appareils aptes au service. Ce fus le cas au matin de l’invasion. Seuls 35 Hudsons des 1er, 8e , 59e et 62 escadrilles de la RAF étaient ainsi disponibles, ainsi que 40 bleinheim provenant des escadrilles 34, 27, 84 et 211.

 
Blenheim.jpgBleinheim
   hudson.jpgHudson


Le 226e Groupe de la RAF (Chasseurs) avait lui été déployé à Palembang durant le courant Janvier. Les appareils des 232 et 258e escadrilles avaient lancés leurs Hurricanes Mk1 depuis le pont du HMS Indomptable le 27 Janvier. Des 48 Hurricanes qui arrivèrent à Palembang ce jour et des 7 Hurricanes qui arrivèrent de Tjillilitan le 13 Février, seuls 15 restaient en services le jour de l’invasion. Durant la période précédant l’invasion les Hurricanes firent ce qu’ils peuvent contre les Japonais maintenant un ratio de perte de 1 pour 1.

 

 

Hurricane-mk1.jpgHurricane


Les appareils alliés causèrent de sérieux soucis à l’ennemi. Lors d’une attaque de 6 Hudsons de la 84e Escadrille de la RAF, le matin du 14 Février, le navire de transport Japonais Inabasan Maru fus coulé et plusieurs autres endommagés. Le même matin, 9 autres Hudsons furent abattus tandis qu’ils attaquaient les navires Japonais, la plupart par des A6M de la 22e Flotille Aérienne Japonaise opérant depuis l’aéroport de Kahang dans le sud de la Malaisie. Quelques uns des Hudsons et Bleinheim trouvèrent et attaquèrent le porte avion Japonais Ryujo, une bombe le ratant même de peu. Le Lieutenant Jim Douglas de la 1e escadrille de la RAF fus recommandé pour une Victoria Cross (à titre posthume) pour cette action, mais la recommandation ne fus pas suivie et il obtint à la place une Croix du Mérite Aérien.

 

 

a6m.jpgA6M


Le matin du 13 le Li Wo un ancien navire à vapeur ayant servi sur la rivière Yangtse, dirigé par le Lieutenant T.S. Wilkinson, et accompagné d’une flotille de navires fuyant Singapore entra en contact avec la force d’invasion Japonaise en route pour Palembang. Le Li Wo armé d’un canon de 4 inch et de quatre mitrailleuses ouvrit le feu sur les transports Japonais, mettant le feu à l’un d’entre eux et en endommageant plusieurs autres. Il fut bientôt pris pour cible par les croiseurs d’escorte Japonais. L’action se poursuivie durant près d’une heure et demie jusqu’à ce que le Li Wo tomba à cours de munitions. Wilkinson donna alors l’ordre d’éperonner le navire ennemi endommagé le plus proche avant que son navire ne fut détruit. Wilkinson reçu la Victoria Cross a titre posthume, la seule Victoria Cross qui fut d’ailleurs accordée durant la campagne des Indes Néerlandaises.
 

 

 

wilkinson.jpgWilkinson


Lorsque les Hudsons de la 84e escadrille de la RAF arrivèrent au dessus de P1 un événement étrange survint. Ils traversèrent un vol de 34 Lockheed-14 volant en sens inverse. C’était en fait des transports Ki-56 des 1e, 2e et 3e Chutais Japonais construit sous licence et qui venait juste d’opérer leur largage de parachutistes au dessus de P1. 18 bombardiers Ki-21 du 98e Sentai qui avaient largués du ravitaillement pour les parachutistes accompagnaient ces transports Une large force d’escorte de Ki-43 des 59e et 64e Sentais ne fut pas distraite de sa mission de protection des transports et ignora les bombardiers alliés. Tout aussi étrange fut le fait que les Bleinheim de la 211e escadrille de la RAF de retour vers P2 volèrent au travers des parachutistes descendant sur la raffinerie de Palembang. Il s’avéra par la suite que les Japonais ne connaissait pas l’existence de P2 ce qui explique qu’il ne fut ni l’objectifs d’assauts ou de raids.

 
Ki21.jpgKI-21


On ordonna a tous les Hurricanes de retourner sur leur base et d’attaquer les transports des parachutistes au sol. Les équipages qui venaient juste de se poser, horrifiés à la vue des parachutistes Japonais descendant sur eux, reprirent leurs appareils en mains et décollèrent, invitant quiconque se trouvait présent de monter a bord. Tous les appareils furent déroutés vers P2 puisqu’il semblait que les Japonais n’avait pas lancé de raid contre lui. Un Hurricane abattis l’un des transports, ce qui fus confirmé plus tard par les Japonais. La plupart des Hurricanes volèrent autour de P1 et prirent pour cible les parachutistes.  Trois Hurricanes ayant des radios défaillantes se posèrent sur P1 après que l’aérodrome soit fermé suite aux combats au sol, mais parvinrent à re-décoller et à rejoindre P2 malgré leurs réservoirs presque à sec. Au beau milieu de tout ce chaos, 9 Hurricanes de la 488e escadrille de la RAF à qui ont avait ordonné de quitter leur base de Batavia pour Palembang, arrivèrent au dessus de P1, non armés et avec eux aussi les réservoirs presque à sec. Les A6M Japonais en descendirent 2 tandis que 4 se posaient sur P1 et étaient ravitaillés en essence à une vitesse impressionnante et envoyés sur P2, les deux derniers ne trouvèrent jamais P2 et s’écrasèrent dans la jungle à court de carburant. 


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Malgré des patrouilles vigilantes de la RAF ainsi que de Catalina Américains basés plus au Nord, et d’un
étroit réseau de surveillance côtière et d’observateurs aériens, les appareils de transports des parachutistes Japonais volant à basse altitude et à faible vitesse arrivèrent au dessus de la cible en emportant une surprise totale. Ceci étant largement due à l’épaisse fumée grise qui recouvris la région entière, due aux puits de pétroles en flammes au nord de Bornéo et des Célèbes, et des dépôts d’essences de Singapore eux mêmes en flammes.

 


paras.jpgL’attaque vient du ciel ! Les parachutistes Japonais a Palembang, 14 Février 1942
 


Les 180 soldats du 2e régiment parachutiste Japonais (Colonel Seiichi Kume) sautèrent entre la ville et P1, un autre groupe de 90 soldats sauta a l’ouest de la raffinerie de Pladjoe. A part les troupes de natifs servant pour l‘armée Néerlandaises les seuls soldats Britanniques présents étaient des canonniers antiaériens, le personnel au sol de la RAF avait été équipé de fusils et de baïonnettes en Angleterre, mais ils avaient été donnés à l’armée Néerlandaise à leur arrivée dans les Indes Orientales. Des 260 membres de la RAF (personnels au sol et pilotes) environ 100 étaient non armés. On essaya de remédier à cela en démontant des mitrailleuses des avions qui n’étaient plus en état de vol, tandis que les canons Bofors étaient préparés pour effectuer des tirs horizontaux…

 


Certains parachutistes établirent une barrage routier entre P1 et Palembang. Ce barrage routier changea de mains à plusieurs reprises au cours de la journée. L’un des premiers véhicules capturés par ces embuscades fut un camion pétrolier qui explosa et brûla tout au long de la journée et de la nuit. Un homme de la RAF passant à cet endroit indiqua que les lieux étaient jonchés de cadavres de soldats Japonais, Anglais et Hollandais.

 


A P1, les Alliés repoussèrent les attaques Japonaises. La plupart des équipages furent évacués durant la journée et à la nuit, seulement 60 membres de la RAF armés restaient sur place. La bataille ici fut amère, quelques uns des pilotes néo-zélandais nouvellement arrivés s’y trouvèrent mèlés. Ils étaient pauvrement équipés et non préparés à se retrouver dans des combats rapprochés avec des parachutistes Japonais. Dans la nuit le reste des avions incapables de voler et les réservoirs d’essence furent rassemblés et brûlés.

 


A la raffinerie de Pladjoe les Japonais parvinrent à prendre le complexe intact. Une contre attaque de Landstorm et de personnel des batteries antiaériennes issus de P2 parvint a reprendre le complexe, mais en prenant des pertes sérieuses. La démolition programmée du complexe fut un échec et ne fis pas de dommages sérieux à la raffinerie bien qu’elle mis le feu aux stocks de pétrole. Deux heures après le premier parachutage, 60 parachutistes Japonais furent à nouveau largués sur zone depuis une douzaine d’appareils de transport à l’ouest de P1. Accompagnant ce second largage arriva dans un avion de transport se posant a l’ouest de P1, le commandant du régiment Japonais, amenant avec lui un canon à tir rapide.

 


La plupart des forces aériennes des Indes orientales étaient désormais rassemblées à l’aéroport P2 : 35 Bleinheim, 20 Hudsons et 22 Hurricanes. Une mission de reconnaissance au dessus de Palembang par un Hurricane de la 258e escadrille de la RAF révéla un véritable exode de véhicules de tous types fuyant la ville en direction de P2, tandis que la ville elle même était recouverte d’une fumée noir provenant des puits pétroliers en flammes. Cette nuit, certains des Hudsons reçurent l’ordre de rejoindre Java.

 


A l’aurore le matin suivant, les troupes Japonaises débarquèrent de leurs transports dans des barges de débarquement et traversèrent les rivières Moesi, Salang et Telang en direction de Palembang, l’issue de la bataille était déjà décidée mais les combats duraient toujours. Des bombardiers de la RAF attaquèrent les barges de débarquement et le navire de transport Otawa Maru fut coulé. Les Hurricanes traversèrent la rivière et mitraillèrent les barges de débarquement pleines de troupes. Le matin du 15, tous les appareils reçurent l’ordre de rejoindre Java avec tous ce qui était en état de vol.

 

oil-tanks-burning.jpgLes puits de pétrole en flammes à Palembang, Sumatra le 14 février 1942.

 


Durant les actions du 14 les parachutistes Japonais faillirent dans leur mission de s’emparer de l’aéroport P1 et subirent près de 80% de pertes dans cette tentative. Les parachutistes chargés de la raffinerie de pétrole prirent leur objectif mais n’eurent pas assez de forces pour tenir l’objectif. Ils s’employèrent à désarmés les charges de démolitions placé sur le complexe avant d’être forcé à quitter les lieux. Ce parachutages eu toutefois le même effet que les parachutages précédents ou suivants au sein de la guerre, instaurant une hystérie dans les structures de commandement de la défense, et jeta une grande confusion sur ce qui s’était réellement déroulé. Les alliés quittèrent le sud de Sumatra au matin du 16 Février 1942…



pow.jpgUn Camp de prisonnier à Palembang après  l'attaque Japonaise
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